Les notions de nation et de souveraineté sont revenues au premier plan partout dans le monde, même si, à vrai dire, elles n’ont jamais totalement disparu. Lors de la première table ronde de la conférence, réunissant quatre journalistes, Ane Urkiri a lancé le débat, auquel Jurdan Arretxe, Maite Ubiria et Jon Olano ont répondu.
« Nous sommes plongés dans une période de profond désordre : nous assistons à des interventions militaires, à des tensions croissantes entre États… La souveraineté est redevenue une question centrale, comme l’illustre le dossier du Groenland. Elle ne revient peut-être pas selon les paramètres que nous défendons, puisque certaines conceptions de la souveraineté ne sont pas légitimes. Mais il est indéniable que le sujet est de nouveau au cœur des débats. Il faut donc saisir cette occasion, car lorsqu’une opportunité se présente, il faut savoir en profiter », souligne Maite Ubiria.
Dans le même esprit, Jon Olano estime lui aussi que la souveraineté est revenue au centre des préoccupations. « La nouveauté réside peut-être dans le fait qu’elle est aujourd’hui associée aux frontières, à l’idée d’un peuple homogène et à des logiques impérialistes. » Selon lui, dans les nations sans État, le souverainisme a historiquement suivi d’autres voies, éloignées de ces approches réactionnaires. Il considère d’ailleurs que ce courant est actuellement bien positionné, tant par ses résultats électoraux que par la cohérence de ses principes : « En Écosse, le SNP gouverne depuis près de vingt ans ; au Pays de Galles, le Plaid Cymru semble en mesure de remporter les prochaines élections ; au Pays Basque, notamment dans la Communauté autonome basque, nous vivons une forme de bipartisme imparfait entre deux partis abertzale ; à une autre échelle, la progression du BNG en Galice est également significative. »
Jurdan Arretxe, pour sa part, s’interroge sur la notion même de souveraineté : « Au cours des vingt ou trente dernières années, nous avons vécu dans une certaine illusion. En Espagne, un processus de décentralisation a été engagé ; certaines compétences ont été transférées à l’Union européenne ; nous avons fini par croire qu’une Europe des peuples était possible. Mais lorsque les tensions se sont accrues, les États ont réaffirmé leur rôle, tout comme les mouvements réactionnaires. Cela nous oblige à nous demander ce que signifie réellement être souverain. L’Iran est-il souverain ? [Les États-Unis et Israël avaient lancé leurs premières attaques contre l’Iran le jour même de la conférence.] Pendant la pandémie, nous n’avions même pas de masques. Être souverain, c’est aussi être capable de faire face à ce type de crise. »
Selon lui, la souveraineté contemporaine repose sur quatre piliers essentiels : « La souveraineté alimentaire, la souveraineté informationnelle -car à quoi sert d’être indépendant si toutes vos communications dépendent de Meta?- , la souveraineté technologique et la souveraineté énergétique. Et pour protéger l’ensemble de ces dimensions, il faut également disposer, qu’on le veuille ou non, d’une capacité de défense. »